Blandine L'Hirondel triomphe au bout de l'effort sur l'UTMB
Dans la douleur et les larmes, la star française du trail Blandine L'Hirondel a signé samedi son plus beau succès en remportant l'UTMB à Chamonix, un peu après le chrono historique de Ben Dhiman, premier homme à passer sous la barre des 19 heures.
Cela faisait dix ans qu'une Française n'avait plus gagné la reine des courses en montagne (Caroline Chaverot en 2016), longue de 174 km et 10.000 mètres de dénivelé positif.
L'Hirondel s'est envolée vers la victoire seule dès le Lac Combal (68e km) pour terminer en 21 heures 54 minutes 49 secondes, avec plus de 20 minutes d'avance sur les deux Américaines Rachel Entrekin (22h 15:54) et Emily Schmitz (22h 17:28).
"Vous êtes zinzins", a-t-elle brièvement lancé à son arrivée, complètement à bout de forces, aux spectateurs venus par milliers l'encourager, l'accompagner en courant et scander son nom dans les dernières centaines de mètres vers Chamonix.
Très émue et ovationnée sur la place du Triangle de l'Amitié, elle a enlacé en larmes son compagnon et son entraîneur, avant de s'asseoir de longues minutes pour récupérer. Exténuée, elle n'a même pas pu passer par la traditionnelle zone mixte des médias.
Après l'abandon prématuré de Courtney Dauwalter, qui a jeté l'éponge aux alentours de 4 heures du matin, la gynécologue de 35 ans a réalisé une véritable démonstration, souriant et saluant régulièrement les nombreux spectateurs le long des sentiers, avant une fin de course très difficile marquée par les chutes.
L'exploit est d'autant plus grand que L'Hirondel avait annoncé souffrir depuis plusieurs mois d'une endofibrose iliaque qui lui raidit la jambe gauche en cas d'efforts trop intenses.
Elle avait toutefois décidé de prendre part à la course en misant sur sa capacité à rester régulière sur le tracé: "si j'arrive à garder une intensité faible mais constante toute la course, ça peut faire aussi un bel UTMB", avait-elle prévenu.
Double championne du monde trail, déjà victorieuse en 2021 de l'OCC et en 2022 de la CCC - des courses annexes de l'UTMB -, L'Hirondel décroche ainsi la dernière grande course qui manquait à son palmarès à Chamonix.
- Ben Dhiman en balade -
Quelques heures plus tôt, l'Américain Ben Dhiman avait fait hurler de joie le public de Chamonix pour la première fois de l'après-midi en remportant la course en 18 heures 16 min 29 sec, devenant le premier coureur à terminer la boucle en moins de 19 heures.
Après deux abandons (2023, 2024) et une deuxième place en 2025, Dhiman a pris les commandes de la course dès la sortie des Contamines vendredi (km 35) avant de se lancer dans un irrésistible numéro en solitaire, creusant l'écart sous la pleine lune et les étoiles.
"J'étais tout seul et j'avais le choix: soit je ralentissais soit je faisais mon truc et j'ai décidé d'aller faire mon truc", a affirmé Dhiman juste après sa victoire.
"Aujourd'hui, je n'ai montré aucun respect au parcours, j'ai juste poussé autant que possible", a ajouté l'Américain de 35 ans, qui vit depuis plusieurs années dans les Pyrénées avec sa famille.
Il termine avec plus de trente minutes d'avance sur le Français Baptiste Chassagne, 2e comme en 2024 (18h 47:38 samedi) et l'Américain Caleb Olson (18h 48:24).
"Je me suis battu avec mes armes et je finis derrière Ben Dhiman, qui est mon athlète préféré, pour de vrai", a souligné Chassagne. "Il était le meilleur aujourd'hui, j'étais le meilleur des autres et ça me suffit."
En bouclant les quelque 174 km et 10.000 m de dénivelé positif à une vitesse moyenne de 9,5 km, Ben Dhiman devient le premier athlète à terminer la boucle de l'UTMB en moins de 19 heures (18h 16:29).
Son chrono du jour ne constitue toutefois pas un record puisque le tracé avait été légèrement raccourci par rapport au tracé habituel, dont le record est détenu depuis 2022 par l'Espagnol Kilian Jornet (19h 49:30).
Il n'empêche, Dhiman termine avec plus d'une heure d'avance par rapport au Britannique Tom Evans qui avait remporté la course l'an dernier sur exactement le même tracé (19 h 18:58 dans des conditions dantesques), et plus d'une heure et demie par rapport à son propre chrono de 2025 (2e en 19h 51:37).
T.Jeon--SG