À Madrid, Milei traite Sánchez de "dictateur", l'Espagne dénonce une "ingérence étrangère"
Le président argentin Javier Milei s'est invité avec fracas mercredi dans la campagne électorale en Espagne, en traitant le Premier ministre Pedro Sánchez de "dictateur", Madrid dénonçant dans la foulée une tentative d'"ingérence étrangère", à l'approche des législatives prévues fin novembre.
"L'Espagne a su accueillir des centaines de milliers d'Argentins qui fuyaient la misère et l'absence de futur, fruits du sinistre socialisme du XXIe siècle (...) que vous subissez régulièrement avec l'infréquentable dictateur Pedro Sánchez", a taclé le dirigeant ultralibéral argentin lors d'un discours prononcé à l'occasion d'un forum économique.
Le président argentin de 55 ans a également qualifié le Premier ministre socialiste espagnol de "voleur" et de dirigeant "corrompu", appelant les Espagnols à "mettre les socialistes dehors à coups de pied", à un peu moins de six semaines des élections législatives anticipées du 29 novembre, à l'issue très incertaine.
En réaction à ces critiques acerbes, qui ont suscité une vive polémique à Madrid, le ministère espagnol des Affaires étrangères a dénoncé dans un communiqué une "ingérence" dans la politique nationale et "fermement condamné les insultes et calomnies" à l'encontre du chef du gouvernement socialiste.
"Il est indigne" que le dirigeant argentin "effectue des visites dans notre pays dans le seul but de tenter de susciter un climat de polarisation et de violence entre Espagnols", a encore tonné la diplomatie espagnole.
- Madrid réclame "du respect" -
Dans l'après-midi, la porte-parole du gouvernement, Elma Saiz, avait réclamé "du respect" pour Pedro Sánchez.
Pour les élections législatives auxquelles près de 39 millions d'Espagnols sont appelés à participer, les sondages placent à ce stade le Parti populaire (droite) devant les socialistes, mais sans majorité absolue, faisant du parti d'extrême droite Vox un possible arbitre au Parlement.
Lors de son intervention, le dirigeant argentin, au ton très offensif, s'en est vivement pris aux "partis de gauche" en Europe, les accusant d'être "les premiers responsables" de "la stagnation" économique sur le Vieux Continent.
Sur l'immigration, il a accusé le gouvernement de Pedro Sánchez d'encourager, pour des motifs électoraux, une "invasion" migratoire, prenant notamment l'exemple de l'enclave de Ceuta qui a vécu une crise inédite fin juillet avec l'afflux massif de dizaines de milliers de personnes depuis le Maroc, et disant sa "grande inquiétude".
"La stagnation économique, combinée à l'irresponsabilité migratoire, trace un chemin de décadence très difficile à inverser pour l'avenir", a-t-il estimé.
- Proche de l'opposition espagnole -
Au cours de sa visite mercredi à Madrid, Javier Milei a prévu de rencontrer des dirigeants du parti d'extrême droite Vox et la patronne de droite de la région de Madrid, Isabel Díaz Ayuso.
"Je suis clairement ami avec (le leader de Vox) Santiago Abascal et Isabel Díaz Ayuso, et je pense qu'ils ont des idées saines et positives pour sortir l'Espagne de la décadence", s'est-il justifié lors d'une séance de questions-réponses.
Depuis son arrivée au pouvoir à Buenos Aires fin 2023, le dirigeant ultralibéral a effectué plusieurs déplacements en Espagne, s'affichant souvent avec l'extrême droite espagnole.
En mai 2024, lors d'un événement organisé par Vox, il avait traité l'épouse de Pedro Sánchez, Begoña Gómez, inculpée pour trafic d'influence, de "corrompue", provoquant, déjà, une crise diplomatique avec Madrid.
Dans la foulée, le Premier ministre espagnol avait déploré qu'il n'ait "pas été à la hauteur" des "liens fraternels unissant l'Espagne et l'Argentine".
Cette passe d'armes avait conduit au rappel pour consultations de l'ambassadrice d'Espagne en Argentine, avant la nomination d'un nouvel ambassadeur cinq mois plus tard.
Mercredi, peu avant le début du discours de Javier Milei, Pedro Sánchez - qui avait soutenu son rival Sergio Massa lors de la présidentielle argentine de 2023 - a publié une courte vidéo sur X dans laquelle il se disait fier d'être "gauchiste" ("zurdo" en espagnol). Ce terme est souvent employé de manière péjorative par Javier Milei et l'extrême droite pour désigner les militants de gauche.
H.Baek--SG