L'armée américaine veut diffuser en direct l'exécution d'un meurtrier de militaires
La mise à mort par un peloton d'exécution de l'auteur d'une tuerie sur une base militaire au Texas sera diffusée en direct, a annoncé le ministre américain de la Défense, l'ONU dénonçant vendredi une forme de "torture".
Nidal Hasan "sera fusillé par des soldats, comme il se doit, et nous veillerons à ce que le public puisse y assister, à ce que ce soit public", a affirmé le ministre de la Défense Pete Hegseth dans une vidéo tournée mercredi.
L'exécution de cet Américain musulman d'origine palestinienne, qui avait fait 13 morts en ouvrant le feu le 5 novembre 2009 dans un centre médical de la base de Fort Hood, sera "diffusée en direct", a confirmé à l'AFP jeudi un responsable du Pentagone.
Des "détails suivront", a-t-il ajouté, sans préciser quelle chaîne ou plateforme internet sera choisie pour cette diffusion totalement inédite et qui soulève nombre d'interrogations éthiques et juridiques.
Psychiatre militaire, Nidal Hasan avait ouvert le feu à Fort Hood pour empêcher les soldats de participer à une guerre qu'il jugeait "illégale" en Afghanistan et en Irak.
"Les gens doivent comprendre que ce genre d'actes entraîne de graves conséquences", a déclaré Pete Hegseth à l'influenceur d'extrême-droite Jack Posobiec, à bord du porte-avions USS Abraham Lincoln.
- Une première depuis 1945 -
Le chef du Pentagone a souligné qu'il s'agirait de la première exécution militaire par peloton d'exécution depuis la Seconde Guerre mondiale, avec la mise à mort d'Eddie Slovik, exécuté pour désertion en 1945.
Mais une telle diffusion en direct constituerait une forme de "torture", a dénoncé vendredi le Haut-Commissariat de l'ONU aux droits de l'homme.
"Comme le Haut-Commissaire l'a souligné en réaction aux exécutions publiques en Afghanistan et en Iran, les exécutions publiques constituent une forme de traitement ou de peine cruel, inhumain ou dégradant. La diffusion en direct d'une exécution équivaut à une exécution publique et violerait l'interdiction absolue de la torture", a estimé le Haut-Commissariat dans un message transmis à l'AFP.
Chris Murphy, sénateur du Connecticut, a lui qualifié l'idée de Pete Hegseth de "répugnante", sur l'antenne de CNN. "Est-il en train d'imiter les exécutions de l'Etat islamique?", s'est interrogé l'élu démocrate.
"Les exécutions publiques sont moyenâgeuses", a-t-il poursuivi. "Les Etats-Unis en sont-ils réduits à ça ?"
Considéré comme un loup solitaire du groupe jihadiste Al-Qaïda, Nidal Hasan avait tué 13 personnes, dont 12 soldats, et fait des dizaines de blessés.
Touché à la colonne vertébrale durant la fusillade, il est depuis handicapé et se déplace en fauteuil roulant. Il a été condamné à mort en 2013.
L'annonce de Pete Hegseth s'inscrit dans la réforme qu'il mène à marche forcée de l'armée, qu'il souhaite davantage tournée vers la guerre, ainsi qu'il le décrit dans des discours aux accents virilistes.
"J'apprécie notre mentalité pendant la Seconde Guerre mondiale, qui consistait à gagner, à comprendre que lorsque l'ennemi vous attaque, vous devez tenir bon", a déclaré le ministre pour justifier ce projet d'exécution publique.
Dans une autre vidéo, Jack Posobiec a demandé à Pete Hegseth si Nidal Hasan avait formulé une dernière volonté.
"Je m'en fiche", a-t-il répondu. "On verra le 3 décembre", jour où le condamné doit être exécuté. Cela sera un jeudi, comme le jour de l'assaut mené par le meurtrier, et à la même heure.
La dernière exécution militaire aux États-Unis a eu lieu en 1961, lorsque John Bennett a été pendu pour viol et tentative de meurtre.
Selon l'organisation de défense des droits humains Amnesty International, au moins 17 exécutions publiques auraient été menées en 2025 à travers le monde : six en Afghanistan et 11 en Iran.
L'organisation Death Penalty Information Center, qui fait référence sur ces questions, indique que 135 soldats ont été exécutés par l'armée américaine depuis 1916.
Le Pentagone a annoncé en début de semaine que le président américain Donald Trump avait approuvé l'exécution de Hasan pour avoir perpétré l'attaque inspirée par Al-Qaïda.
X.Eom--SG