Référendum en Guinée-Bissau: fermeture des bureaux de vote et début du dépouillement
Les bureaux de vote ont fermé dimanche soir en Guinée-Bissau et les opérations de dépouillement ont commencé après un référendum constitutionnel, qui n'a pas suscité l'engouement des électeurs, sur le passage à un régime présidentiel fort pour remplacer l'actuel système semi-parlementaire.
Dans la capitale, Bissau, où les bureaux ont fermé comme prévu à 17H00 (locale et GMT) comme dans le reste du pays, le dépouillement a commencé dans plusieurs quartiers visités par l'AFP.
Les premiers résultats provisoires pourraient être annoncés à partir de mardi.
Après le Zimbabwe, la Guinée, le Togo, l'Ouganda et le Tchad ces dernières années, il s'agit du dernier exemple en date d'un pays africain qui a souhaité modifier ou changer sa Constitution pour étendre la durée des mandats, supprimer les limites d'âge ou renforcer les prérogatives du pouvoir exécutif.
L'opposition avait appelé à boycotter le référendum, notamment le PAIGC, parti historique ayant mené la Guinée-Bissau à l'indépendance en 1974. Il avait dénoncé l'organisation d'un référendum "dans un contexte de restriction des libertés publiques" et un climat politique tendu.
Ce scrutin était une étape cruciale dans ce pays dirigé par une junte depuis le 26 novembre dernier, qui est censée organiser le retour au pouvoir des civils lors d'une élection présidentielle prévue le 6 décembre.
- Pas d'affluence des électeurs -
Le pays lusophone d'Afrique de l'Ouest a connu cinq coups d'État et une kyrielle de tentatives de putsch depuis son indépendance du Portugal en 1974.
Le référendum, organisé en pleine saison des pluies, particulièrement intense dans cette région, n'a pas attiré des foules d'électeurs.
Ces derniers étaient appelés à approuver ou non un projet de nouvelle Constitution, qui vise principalement à remplacer le système semi-parlementaire par un régime présidentiel fort, en octroyant au chef de l'État le pouvoir de nommer et révoquer le Premier ministre et le gouvernement et de dissoudre le Parlement.
L'objectif affiché par les autorités de transition est de stabiliser les institutions avant la présidentielle.
Dimanche dans la journée, le chef de la junte et président de la transition, le général Horta N'Tam, avait exhorté les "jeunes à sortir massivement pour voter", alors qu'il votait lui-même dans son quartier de Bissau.
"Ce que nous cherchons après ce référendum, c'est de permettre à celui qui gagne les élections de terminer son mandat dans la quiétude", avait-il lancé.
A Bissau, après un démarrage timide dû une pluie intense, les électeurs ont afflué à la mi-journée dans plusieurs bureaux de vote visités par l'AFP. Mais en début d'après-midi, le rythme a nettement baissé.
Dans les régions de Tombali et de Quinara, dans le sud du pays, et dans l'est, l'affluence a été mitigée voire faible, selon des journalistes locaux contactés par l'AFP.
Les intempéries de la saison des pluies rendent difficiles les déplacements dans certaines régions.
N'djamba Seide, interrogé par l'AFP à la sortie d'un bureau de vote à Bissau, a dit avoir été "motivé à venir voter" pour "apporter des changements dans notre Constitution" et "changer" ce qui "apporte toujours des problèmes dans le pays".
"Les crises successives que le pays a connues ont eu un impact très négatif sur mes rendements. Si tout se passe bien, la Guinée-Bissau va démarrer sur de nouvelles perspectives", a réagi de son côté Halimatou Traoré, commerçante d'une trentaine d'années, après avoir voté à Bissau.
- "Dangereux pour notre démocratie" -
La Guinée-Bissau est dirigée depuis le 26 novembre dernier, veille de l'annonce prévue des résultats provisoires des présidentielle et législatives, par des militaires qui ont suspendu le processus électoral.
Le Conseil national de transition (CNT), organe législatif, avait adopté en janvier 2026 à l'unanimité une modification de la Constitution, un mois et demi après le coup d'Etat qui a renversé le président Umaro Sissoco Embalo.
Le nouveau texte propose d'abandonner l'ancien modèle où le Premier ministre était issu de la majorité au Parlement, ce qui avait donné lieu à des cohabitations difficiles.
Pour Nelson Moreira, membre du CNT, le projet de nouvelle Constitution permettrait d'éviter les conflits entre la présidence et la Primature, qui ont miné la stabilité du pays par le passé.
Mais une partie de la classe politique et de la société civile conteste avec véhémence la réécriture en profondeur de la Constitution par un pouvoir de transition non élu.
"Le système présidentialiste que la junte veut imposer va concentrer tous les pouvoirs entre les mains d'un seul homme. Cela est dangereux pour notre démocratie", avait récemment déclaré à la presse Abubacar Ture, président de la Ligue bissau-guinéenne des droits humains.
R.Seon--SG