Crise sociale : des centaines de milliers de manifestants, tensions lors de la dispersion des cortèges
Plusieurs centaines de milliers de personnes ont manifesté samedi dans plusieurs villes françaises pour défendre le pouvoir d'achat et réclamer de meilleurs services publics, avec des tensions en fin de cortège.
Au total, la CGT a comptabilisé 800.000 manifestants dans le pays, autant qu'une semaine plus tôt, dont 250.000 à Paris. De son côté, le ministère de l'Intérieur a dénombré 410.000 manifestants samedi, contre 550.000 la semaine dernière.
Des heurts ont éclaté en fin de manifestation à Paris et "plus de 500 casseurs s'en prennent aux forces de l'ordre sur le cours de Vincennes", dans le sud-est de la capitale, a indiqué la préfecture de police.
Dans la capitale, où 110.000 personnes ont défilé entre la Porte d'Italie et celle de Vincennes d'après la préfecture de police, un engin lanceur d'eau et du gaz lacrymogène ont ainsi été utilisés pour disperser la manifestation, après une après-midi sans incident majeur.
A Toulouse, une personne a été grièvement blessée à la main lors de heurts avec les forces de l'ordre à la fin de la manifestation, a indiqué la préfecture à l'AFP.
A Marseille, des échauffourées ont éclaté un peu avant 17h00 à la porte d'Aix, point d'arrivée de la manifestation. Les CRS ont notamment mené des charges pour disperser quelques dizaines de personnes, principalement vêtues de noir, leur jetant des projectiles et un conteneur à poubelle a été incendié.
A Lille, ce sont lacrymogènes, grenades de désencerclement et canons à eau qui ont été employés pour mettre un terme au rassemblement à son arrivée et, à Grenoble, près de 400 individus masqués ont commis des dégradations et attaqué les forces de l'ordre à coups de mortiers et de projectiles, selon la préfecture.
- "Marianne ! Marianne !" -
Avant cela, les cortèges avaient déambulé, sans susciter de remous particuliers.
Dans la cité phocéenne, Chloé Lepetz, infirmière de 37 ans, s'est dite "révoltée" par la déliquescence des services publics, notamment dans la santé. "On nous culpabilise en disant qu'il n'y a plus d'argent mais c'est faux : la fraude fiscale est dix fois plus élevée que la fraude sociale. De l'argent, il y en a mais il faut aller le chercher !", a-t-elle martelé.
Dans la foule, les slogans contre la vie chère ou la dégradation des services publics sont accompagnés désormais de revendications sur les interdictions de manifester, les périmètres interdits et les tracés revus sur décision des préfectures.
"Marianne ! Marianne !", a par exemple crié une partie du cortège parisien, à la vue d'une jeune femme aux atours de l'allégorie de la République française, juchée sur les épaules d'un jeune manifestant.
"On nous prive de la liberté de pouvoir disposer de l'espace comme on le souhaite" et, "globalement, c'est un ras-le-bol général. Ca n'atteint pas que notre liberté mais aussi notre fraternité", a lancé à l'AFP Léa Berthelot, comédienne de 26 ans en bonnet rouge et robe blanche, drapeau tricolore à la main.
A travers la France, plusieurs cortèges initialement interdits ont finalement été validés par les tribunaux administratifs. Mais des interdictions ont persisté à Nancy, Metz, Besançon, Belfort, Rouen, Le Havre ou Toulon.
A Rennes, cette situation agace Emma, 23 ans, "en colère" vis-à-vis des interdictions de manifestations et de "la répression des lycéens", mobilisés depuis un mois.
"Ni le président, ni le temps, ne m'empêcheront de manifester", abonde Delphine, 47 ans, en tête de cortège à Lille pour aussi "représenter" ses trois enfants étudiants, "en train de travailler pour payer leurs études".
- Sécurité renforcée -
Les cortèges ont aussi parfois pris une dimension politique. La secrétaire nationale des Ecologistes, Marine Tondelier, et le leader de LFI, Jean-Luc Mélenchon, figuraient ainsi dans le défilé parisien. "Il est temps de céder", a lancé ce dernier à l'attention du chef de l'Etat.
Les pouvoirs publics craignaient de nouvelles violences semblables à celles ayant émaillé le premier week-end de mobilisation et le ministre de l'Intérieur, Laurent Nunez, avait promis un dispositif "massif", avec 70.000 policiers et gendarmes mobilisés samedi.
A la mi-journée, il a fait état de 135 interpellations à 13H00 sur l'ensemble du territoire, résultant essentiellement des "contrôles de flux", et de "saisies de matériel".
Militaires de la force Sentinelle, unités d'élite de la police et de la gendarmerie, comme le Raid ou le GIGN, hélicoptères et blindés ont été déployés. Dans la capitale, des véhicules blindés Centaure ont été placés à à proximité de l'Assemblée nationale et de l'Elysée, ont constaté des journalistes de l'AFP.
Les revendications des manifestants sont diverses mais convergent autour du pouvoir d'achat, de la défense des services publics et de la justice fiscale et sociale.
Le Premier ministre, Sébastien Lecornu, avait assuré vendredi soir que "le niveau de menace rest(ait) élevé", ciblant particulièrement "l'ultragauche" et "la délinquance".
La Ligue des droits de l'homme (LDH) a elle réclamé l'envoi en France d'une mission d'observation sous l'égide des Nations unies, jugeant le maintien de l'ordre de ces dernières semaines "particulièrement chaotique et incohérent".
Autre point sensible du week-end : Orléans, où le congrès du Rassemblement national réunissait plusieurs milliers de sympathisants, à six mois de l'élection présidentielle.
Sur place, au moins 13.000 personnes selon la préfecture, 26.000 selon les organisateurs, ont participé dans le calme à une manifestation contre "le racisme, le fascisme et l'impérialisme", à l'appel d'une cinquantaine d'organisations.
W.Sim--SG