Figure du syndicalisme américain, Dolores Huerta est morte à 96 ans
La syndicaliste Dolores Huerta, qui a changé la vie de milliers de travailleurs immigrés aux États-Unis et laissé une empreinte durable sur la politique du pays, est morte à 96 ans, a annoncé mercredi sa famille.
"Nous savons que beaucoup d'entre vous, à travers le monde, partagent notre deuil, et nous vous tiendrons informés des projets visant à reconnaître et célébrer sa vie et son héritage extraordinaires", ont expliqué ses proches sur Instagram, sans donner la cause de son décès.
Elle souffrait d'un cancer, selon plusieurs médias américains.
Cette Américaine d'origine mexicaine est une figure de la lutte pour les droits civiques. Elle a passé sa vie à défendre les travailleurs agricoles, souvent issus de l'immigration aux États-Unis.
C'est elle qui a forgé le slogan "Sí se puede" dans les manifestations paysannes en Californie, avant qu'il ne soit adapté des décennies plus tard par Barack Obama en "Yes we can" pour conquérir la Maison Blanche en 2008.
Elle s'est battue pour que les ouvriers agricoles obtiennent le droit de se syndiquer et a cofondé en 1962 ce qui allait devenir le syndicat United Farm Workers avec Cesar Chavez.
L'organisation, qui reste le syndicat agricole le plus influent des États-Unis, a été secouée au début de l'année par des accusations de viol à l'encontre de M. Chavez remontant aux années 1970.
À cette occasion, Mme Huerta a révélé qu'il l'avait également violée, et qu'elle avait gardé le silence, même après sa mort en 1993, par peur de détruire l'héritage de leurs luttes syndicales.
- Marches spectaculaires -
Dolores Huerta et Cesar Chavez ont à l'époque organisé des grèves, des marches spectaculaires vers le parlement de Californie et un boycott national du raisin de table pour protester contre les mauvaises conditions des travailleurs qui récoltaient les grappes, notamment leur exposition aux pesticides.
Cette mère de 11 enfants de trois pères différents a aussi rejoint le combat pour le droit à l'avortement aux côtés d'Angela Davis ou Gloria Steinem.
Arrêtée plus de vingt fois, passée à tabac et grièvement blessée par la police lors d'une manifestation à San Francisco en 1988, elle se tenait aussi vingt ans plus tôt sur un podium aux côtés de Robert Kennedy quelques minutes avant son assassinat.
Le gouverneur de Californie, Gavin Newsom, a ordonné mercredi de mettre les drapeaux de l'État en berne.
"Dolores représentait ce qu'il y a de meilleur en nous", a estimé le démocrate, dans un communiqué publié en anglais et en espagnol. "La Californie — et les États-Unis — ne seraient pas ce que nous sommes aujourd'hui sans son esprit résolu, sa passion pour la justice et l'équité, et son engagement envers celles et ceux qui sont oubliés et laissés pour compte."
"Son héritage ne réside pas seulement dans ce qu'elle a accompli, mais aussi dans les personnes qui suivent ses pas (...) et continuent de créer un monde meilleur", a ajouté M. Newsom, vu comme un potentiel candidat démocrate à la présidentielle 2028.
Ces hommages appuyés ont été relayés par d'autres figures de la gauche américaine, comme Nancy Pelosi, l'ex-cheffe de file des démocrates au Congrès, qui a souligné que la syndicaliste "avait inspiré des générations d’Américains à croire au pouvoir de l'action collective".
- Militante jusqu'au bout -
Dolores Huerta n'a jamais abandonné le militantisme. Même dans ses dernières années, elle a continué à être active, via sa fondation située à Bakersfield, dans le cœur agricole de la Californie.
Après le retour de Donald Trump au pouvoir l'an dernier, elle a exhorté les militants d'aujourd'hui à préparer les élections de mi-mandat, qui auront lieu mardi, pour faire basculer le Congrès américain côté démocrate.
L'offensive anti-immigration menée par le président américain est "absolument atroce", avait-elle confié à l'AFP en juillet 2025.
Pour elle, les pulsions racistes auxquelles elle s'est heurtée en tant que jeune dirigeante syndicale n'ont jamais disparu.
"Je crois que cette maladie qu'est le racisme est ce qui a vraiment contaminé notre système politique", estimait-elle. "Trump exploite en réalité ce racisme lorsqu'il continue à placer des immigrants, principalement des personnes de couleur, dans des centres de détention."
D.Sunwoo--SG