Scènes de chaos et pillages à l'issue des manifestations contre la "vie chère"
De Paris à Marseille, la journée de mobilisation contre la "vie chère" a réuni des centaines de milliers de personnes samedi mais s'est conclue par des scènes de chaos d'une intensité rare, des "casseurs" se livrant jusque tard dans la soirée à des pillages et dégradations vivement condamnés par l'exécutif.
Vitrines brisées, pillages et voitures incendiées, sirènes lancinantes et bâtiments officiels attaqués : de nombreuses rues offraient un paysage de désolation à l'issue de cette journée de mobilisation qui a rassemblé 550.000 personnes, selon le ministre de l'Intérieur Laurent Nuñez, et 800.000, selon les organisateurs dont les revendications agrégeaient gilets jaunes, lycéens et étudiants, salariés, militants pour le climat et antifascistes.
Le Premier ministre Sébastien Lecornu, en allant en soirée apporter son soutien aux forces de l'ordre à Paris avec M. Nuñez, a fait état de "1.200 interpellations" dans le pays et de "150 policiers et gendarmes blessés".
Entre les forces de l'ordre et les "casseurs", il "faut choisir son camp", a-t-il lancé à l'adresse de LFI.
"Nous ferons tous bloc face aux semeurs de chaos", a affirmé Emmanuel Macron sur X, en assurant que ceux qui ont "cassé" et "pillé" en marge des manifestations seront "poursuivis et punis".
Face à des violences "d'une gravité inouïe", le ministre de la Justice Gérald Darmanin a demandé une réponse judiciaire "extrêmement ferme".
Dans son édition dominicale, Le Parisien titre sur des "Scènes d'insurrection" tandis que La Tribune dimanche et Le Dauphiné mettent en Une "Le chaos".
A Paris l'ambiance festive place de Clichy de l'après-midi, à l'issue d'une manifestation dans le calme, contrastait avec les scènes d'affrontements qui se poursuivaient en début de soirée aux alentours de la place de la République, où les tensions ont débuté dès la mi-journée, avant le départ du défilé. Elles sont allées crescendo dans divers quartiers lors d'une journée qui a rappelé aux Parisiens certains des samedis de mobilisation des gilets jaunes en 2018-2019.
Peu avant minuit "ça commence à décroître doucement", a affirmé Antoine Salmon, directeur de l'ordre public et de la circulation à la préfecture de Paris.
- Rues "méthodiquement ravagées" -
Magasins dévalisés, vélos calcinés, palettes en feu: à Paris "des rues entières ont été méthodiquement ravagées", a déploré le maire PS, Emmanuel Grégoire, selon qui le bilan des violences sera d'une "ampleur immense".
Plusieurs autres villes ont également été le théâtre de scènes de pillage : à Lille, la boutique du Losc et une supérette du centre-ville ont été vandalisées. A Rennes, plusieurs boutiques ont été prises pour cible par les casseurs. A Lyon, les forces de l'ordre sont intervenues vers 20h00 pour faire cesser des pillages de magasin dans les rues commerçantes du centre de la Presqu'île.
Laurent Nuñez a de son côté déploré "la patte de l'ultra-gauche ou de l'extrême gauche radicale" dans ces violences, et relevé "une volonté manifeste" de s'en prendre "aux bâtiments publics".
La mairie de Limoges a été ravagée samedi soir par les flammes et selon le préfet de Haute-Vienne, Maurice Barate, cet édifice du 19e siècle "est en grande partie perdu".
A Paris, la porte du ministère de la Justice place Vendôme a été la cible de jets de peinture et de tags, a constaté l'AFP.
Une antenne de l'office du tourisme de Lyon a été saccagée et incendiée, et à Marseille, plusieurs dizaines de manifestants ont brièvement pénétré dans le hall de la mairie après en avoir enfoncé la porte, en criant "c'est la Révolution", avant d'être dispersés par les forces de l'ordre.
A Lille, des manifestants ont aussi forcé plusieurs entrées de la mairie, en cassant des portes vitrées, et certains ont réussi à y pénétrer en saccageant une partie des locaux avant de s'enfuir rapidement, tandis qu'à Bordeaux, le RAID a été activé pour aider les forces de l'ordre après le saccage de la résidence préfectorale.
La CRS 8, une unité spécialisée dans la lutte contre les violences urbaines, a été déployée dans la capitale, a appris l'AFP auprès d'une source proche du dossier.
- "Casseurs" -
"Les casseurs ne feront jamais avancer les revendications de ceux qui manifestent pacifiquement", a regretté en soirée le ministre de l'Enseignement supérieur Philippe Baptiste.
La candidate du RN à la présidentielle Marine Le Pen a dénoncé "une prise d'otage par l'extrême gauche" des "revendications sociales légitimes" des manifestants, tandis que son adversaire Insoumis Jean-Luc Mélenchon, présent dans le cortège parisien, a dénoncé la stratégie du maintien de l'ordre qui conduit, selon lui, au "désordre".
Dans la journée, la mobilisation a rassemblé des milliers de personnes dans plusieurs villes de France : elles étaient selon les autorités 110.000 à Paris, 20.000 à Lyon et Nantes, 15.000 à Strasbourg, 12.000 à Rennes, 7.000 à La Rochelle...
Un manifestant a eu la main arrachée à Saint-Étienne par une grenade policière lancée par les forces de l'ordre, de source proche du dossier.
Faisant état de "1.750 rassemblements ou manifestations" en France, la CGT a appelé le gouvernement à "arrêter de réprimer" et à "répondre immédiatement aux revendications sociales". Elle a appelé "à poursuivre" une "mobilisation pacifique" en vue notamment de "la grande journée intersyndicale de grève et de manifestation interprofessionnelle du 5 novembre".
Sur le site 17octobregiletjaune.net, l'appel pour cette journée s'adressait aussi aux habitants des quartiers, paysans, ouvriers ou retraités, invités à descendre dans la rue et sur des ronds-points ou autour de stations-services, de péages ou d'axes de circulation.
Peu de blocages ont toutefois été constatés par les journalistes de l'AFP, à part quelques ronds-points, comme un autre écho au mouvement des gilets jaunes.
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A.Uhm--SG