Présidentielle en Zambie: l'avance de Hichilema s'accroit, arrestations d'opposants
Le président sortant de Zambie, Hakainde Hichilema, a encore accru son avance lundi en tête du scrutin présidentiel : avec 62% des voix après le dépouillement des bulletins de plus de 70% des circonscriptions, sa réélection à la tête de ce pays d'Afrique australe laisse peu de place au doute.
De nombreuses questions entourent cependant les arrestations la semaine passée, confirmées tard dimanche par le gouvernement, de six figures de l'opposition, dans un coup de filet supposé viser une "milice" en formation jeudi, le jour des élections.
Un parlementaire a été blessé par balles lors du raid, selon le principal rival de "HH", Brian Mundubile, qui paraît décroché dans la course à la présidence avec 36% des voix à ce stade.
Après une campagne déjà marquée par des différends inhabituels - notamment des accusations de la part de l'opposition d'intimidations, de restrictions ou d'arrestations -, la confusion régnant depuis le scrutin porte un coup à la réputation de démocratie stable de ce géant du cuivre.
Gouvernement et opposition se rejettent la responsabilité d'avoir provoqué l'échange de tirs. Cette opération de police "a permis la saisie d'armes militaires de haut calibre soumises à des restrictions, ainsi que l'arrestation de membres présumés d'une milice et d'autres personnes présentes sur les lieux", affirme le gouvernement.
"Je rejette catégoriquement ces accusations. Le NRPUP n'a pas de milice", a balayé lundi M. Mundubile, à propos de son parti.
Les autorités zambiennes ont souligné que cet ancien ministre sous l'ex-président Edgar Lungu (2015-2021) "se trouvait sur les lieux" de la descente de police. Et pour cause: il s'agissait de son domicile, selon son camp.
Même la date du raid n'est pas claire. Quand les autorités zambiennes ont finalement confirmé des arrestations tard dimanche, après plusieurs jours de rumeurs et de dénégations de la police, elles l'ont situé au jeudi, jour des élections présidentielle et parlementaires. Pour le NRPUP, conformément aux rumeurs, l'opération s'est déroulée vendredi soir.
Ce matin-là, au lendemain du scrutin seulement, M. Mundubile avait revendiqué la victoire électorale sans s'embarrasser d'explication. Dans la foulée, la commission électorale avait suspendu le dépouillement pour plusieurs heures en raison de "violences".
- Inhumation et détestation -
La transition en douceur de 2021 au profit de M. Hichilema, vainqueur à sa sixième tentative, paraît bien loin.
Elle avait fait naître des espoirs à Washington de rapprochement avec la Zambie. Deuxième producteur de cuivre d'Afrique et huitième au monde, le pays de 22 millions d'habitants est historiquement proche de Pékin, qui y domine les investissements miniers.
Cinq ans plus tard, la "corruption institutionnalisée et sophistiquée", dénoncée en avril par l'ambassadeur américain lors d'un discours d'adieu en forme de réquisitoire, confirme que ce tournant ne s'est pas produit.
Pour tenter de revenir sur le devant de la scène, l'opposition a tenté de capitaliser sur le mécontentement d'une partie de la population, qui elle ne voit pas les fruits des réformes économiques ou de l'exploitation minière, alors que le pays dispose aussi de ressources en cobalt, nickel et manganèse.
Le Front patriotique, dont est issu M. Mundubile (55 ans), avait pourtant laissé un pays en défaut de paiement souverain, après des années d'endettement massif.
Depuis, "HH" (64 ans) a obtenu un accord historique de restructuration de la dette, rétabli un programme du Fonds monétaire international (FMI) et remis l'économie sur la voie de la croissance, s'attirant les éloges des bailleurs de fonds et des investisseurs internationaux.
Dans le dépouillement en cours du scrutin de jeudi, les résultats de 65 des 226 circonscriptions doivent encore être communiqués.
Après analyse des premiers chiffres, l'ONG Transparency International Zambia (TI-Z), les jugeait crédibles, ne relevant "aucune différence entre les résultats annoncés par la commission électorale de Zambie et ceux recueillis par les observateurs de TI-Z".
Peu de chance, néanmoins, que M. Mundubile reconnaisse la réélection de M. Hichilema : il a déclaré lundi qu'il utiliserait "tous les moyens légitimes et constitutionnels à disposition pour obtenir justice".
La bataille judiciaire acharnée depuis plus d'un an entre la famille d'Edgar Lungu (mort en 2025) et le gouvernement quant au lieu de son inhumation - en Afrique du Sud où il est mort ou bien en Zambie - révèle une détestation dont la férocité se retrouve dans ces élections. Parmi les six personnalités de l'opposition arrêtées figure un gendre de l'ex-président.
Q.Min--SG