Philippines: après un fort séisme, les coraux et les craintes font surface
Quand le violent séisme a secoué sa maison de la côte sud des Philippines, le pêcheur Arsenio Butil Jr, à genoux, s'est mis à prier. En rouvrant les yeux, désolation: de larges pans de coraux normalement submergés apparaissaient à la surface.
Son rivage familier a subi les conséquences dévastatrices du terrible tremblement de terre de magnitude 7,8 survenu le 8 juin, qui a fait au moins 76 morts et détruit nombre de bâtiments sur l'île de Mindanao.
Le déplacement de la fosse de Cotabato, à une cinquantaine de kilomètres au large de Mindanao, a soulevé des portions du plancher océanique, transformant le paysage côtier et engendrant d'importants risques pour l'environnement, notamment pour les coraux qui se retrouvent exposés à l'air libre.
Des bateaux de pêche qui mouillaient au bord de la plage avant le séisme sont désormais séparés du rivage par une large bande dentelée de coraux morts qui s'étend sur des kilomètres, a constaté l'AFP sur place la semaine suivant la catastrophe naturelle.
Arsenio Butil Jr., pêcheur et pasteur à Glan, dans la province de Sarangani, a raconté à l'AFP la "panique extrême" qui a envahi les habitants lors de ce séisme, le plus violent qu'il ait jamais ressenti.
"Ce que j'ai vu côté littoral, c'est que l'eau s'était retirée. Au bout d'un moment je l'ai vue... revenir lentement. Puis elle s'est de nouveau retirée. Trois ou quatre fois peut-être", se souvient-il.
"Les poissons, morts, flottaient."
"Ce qu'ils (les habitants) voient maintenant, c'est leur nouveau littoral", a déclaré vendredi à l'AFP Nane Danlag, du centre philippin de sismologie, depuis son bureau de General Santos, ajoutant que ce changement était permanent.
Le fond marin "est monté de deux mètres" et la côte a avancé par endroits de 200 mètres sur la mer, selon les premières évaluations, a-t-elle indiqué.
Carte à l'appui, Nane Danlag explique que la zone touchée s'étend entre deux villes distantes de près de 100 kilomètres.
Tout spectaculaire qu'il soit, le déplacement du plancher océanique est un "mouvement naturel", souligne-t-elle, qui "dure depuis des milliers d'années".
- Sans retour -
Une centaine d'hommes, de femmes et d'enfants qui ont fui vers les hauteurs d'un village voisin lorsque le séisme a frappé, vivent encore dans un campement où des services d'aide gouvernementaux distribuaient du riz bouilli lorsque l'AFP s'y est rendue.
Le fond marin "est monté, ce n'est plus comme avant", constate Datu Atom Malimpnig, un chef Maguindanaon, expliquant que ces familles de pêcheurs hésitaient à regagner leurs maisons détruites de peur qu'un tsunami ne frappe.
"Et si la mer avançait d'un coup? C'est ce dont tout le monde a peur", a-t-il confié, concluant que s'établir sur les hauteurs leur paraissait bien plus sûr.
À dix kilomètres de là, Edzel Baylon, employée du complexe touristique Isla Jardin del Mar, se désole aussi. Elle craint qu'ainsi transformé, le paysage ne repousse les touristes à la recherche de plages de sable blanc.
"Cela a un énorme impact sur la station, parce que l'attrait principal pour les clients, c'est la mer", dit-elle en désignant le pan de corail à nu qui sépare dorénavant la plage idyllique de l'eau.
"Malheureusement, aujourd'hui, notre mer est devenue peu profonde. Elle n'est plus adaptée à la baignade", poursuit-elle.
Depuis le séisme du 8 juin, plus de 8.500 répliques ont secoué la région, selon l'agence de sismologie.
À Glan, les habitants songent à l'après, mais sont peu enclins à reconstruire leurs maisons détruites, selon M. Butil Jr.
"Le sol là-bas est fissuré, et les fissures sont longues. C'est pourquoi cette zone serait très dangereuse si un autre séisme de même intensité survenait", projette-t-il.
Quelques minutes plus tard, une nouvelle secousse de magnitude 5,4 a fait trembler le sol sous ses pieds.
A.Kim--SG