Sénatoriales: le RN en passe de former un groupe parlementaire au Sénat
Le Rassemblement national est en passe de constituer un groupe parlementaire au Sénat avec ses alliés, ont annoncé dimanche Jordan Bardella et Marine Le Pen après les sénatoriales, des élections très scrutées en pleine campagne présidentielle.
Alors que les résultats continuaient de tomber au compte-gouttes dans la soirée, le parti lepéniste a semble-t-il déjà rempli son objectif en réunissant les dix sièges nécessaires à la formation d'un groupe politique, alors qu'il ne comptait jusqu'ici que trois sénateurs.
"Pour la première fois de son histoire, le Rassemblement National va constituer, avec ses alliés de l'UDR du président Eric Ciotti, un groupe au Sénat", a écrit Jordan Bardella sur X.
"C'est une victoire historique et une étape majeure qui est franchie", a repris Marine Le Pen sur le même réseau social, saluant une "percée générale" qui confirme "l'accélération de l'implantation du Rassemblement national sur tout le territoire".
Le vice-président du parti Sébastien Chenu a expliqué s'attendre à obtenir "entre 12 et 15 sénateurs" avec des gains dans le Var, le Vaucluse, le Gard, la Gironde - où la députée Edwige Diaz a été élue- ou les Alpes-Maritimes, où l'apport de l'Union des droites pour la République (UDR) s'est révélé fructueux.
Une marche symbolique, mais pas que: elle sera synonyme de temps de parole accru, de moyens supplémentaires... et surtout de relais précieux pour la candidature de Marine Le Pen à l'Elysée. "C'est un coup d'accélérateur pour cette campagne présidentielle", a expliqué M. Chenu.
Même s'il passe au second plan dans l'ombre de la bataille de 2027, ce scrutin indirect, reflet des élections municipales, sera analysé avec soin par les états-majors des partis, à sept mois de la présidentielle.
Deux constats s'imposent notamment: l'implantation locale du RN est en nette progression, à l'image de scores parfois quintuplés par rapport au dernier scrutin en 2020; et celle de La France insoumise reste dérisoire, avec un zéro pointé probable pour le mouvement de Jean-Luc Mélenchon, qui rêvait pourtant de faire son entrée au Sénat avec Gabriel Amard, candidat dans le Rhône et gendre du leader de la gauche radicale.
Une candidate Insoumise a échoué à trois voix près chez les Français de l'étranger, un résultat qui a causé des dissensions entre LFI et Ecologistes, chacun se reprochant un refus d'alliance.
Les Insoumis devraient toutefois débarquer à la chambre haute en 2029, avec le renouvellement des sénateurs d'Île-de-France et du Nord.
- Erosion à droite ? -
La mainmise des Républicains sur l'hémicycle, avec leurs alliés centristes, n'est pas bouleversée par ce renouvellement de 178 sièges sur 348, pas plus que la réélection probable de Gérard Larcher (LR) à la présidence de l'institution, programmée jeudi. Le président du groupe LR, Mathieu Darnaud, a été réélu sans difficulté en Ardèche.
Mais l'érosion de LR (131 sièges avant le vote), qui pourrait perdre une poignée de sièges, révèle un certain affaiblissement, alors que Bruno Retailleau - facilement réélu en Vendée - espère damer le pion aux candidats du bloc central en vue de la présidentielle.
A gauche, les Ecologistes craignent quelques revers après la perte de Bordeaux et Strasbourg... Mais une dissidence verte dans le Rhône, celle de l'ex-patron de la métropole de Lyon Bruno Bernard, pourrait paradoxalement leur offrir un siège supplémentaire, au détriment de l'ancienne ministre de François Hollande, Hélène Geoffroy.
Quant aux socialistes (65 membres), ils espèrent limiter les pertes après des municipales en demi-teinte, notamment dans les villes moyennes.
"Avec l'affaiblissement de LR, c'est plutôt l'espace central qui s'affirme. On aspire à être plus nombreux", veut croire le patron de l'Union centriste Hervé Marseille, qui rassemble une soixantaine de sénateurs d'horizons divers.
Horizons, représenté par le groupe des Indépendants (20 membres), peut légitimement croire à quelques gains non négligeables pour la dynamique d'Edouard Philippe sur la route de l'Elysée.
Mais les effectifs ne seront définitifs que d'ici quelques jours après un intense mercato pour rallier les dizaines d'élus divers centre ou divers droite.
A ce jeu-là, nombre d'élus s'inquiètent du sort du groupe macroniste RDPI, orphelin de son influent président François Patriat, décédé cet été. Dimanche matin, il a déjà enregistré un revers avec la défaite de son sénateur sortant à Wallis-et-Futuna.
F.Cheon--SG