Immigration: plus de titres de séjour et moins de régularisations en France en 2025
Plus de titres de séjour, moins de régularisations et une petite diminution des demandes d'asile: Beauvau a dévoilé mardi les chiffres 2025 de l'immigration, qui alimenteront un débat public toujours plus polarisé sur le sujet dans la perspective de la présidentielle.
La France a délivré 384.230 premiers titres de séjour l'an dernier (376.364 hors Britanniques), en hausse de 11% sur un an, avec comme l'année précédente une prédominance des motifs étudiants (118.00), suivis des titres humanitaires qui ont bondi de 65% (à 92.600), selon les chiffres rendus publics par la Direction générale des étrangers en France (DGEF).
Mais les titres délivrés pour motifs économiques ont reculé de 13% à 51.190.
"On a un marché de l'emploi qui peut-être attire un peu moins la population étrangère" en termes d'embauches, mais aussi de salaires où "la dynamique a disparu en 2025", a expliqué Guillaume Mordant, responsable du département statistique de la DGEF.
Pour ces premiers titres de séjour, les premières nationalités des demandeurs sont le Maroc (36.100) et l'Algérie (28.000).
Et il y avait au total 4,47 millions de titres de séjour valides au 31 décembre 2025, soit une hausse de 3,2% sur un an.
Le nombre de régularisations a lui baissé de 10%, avec 28.610 étrangers régularisés l'an dernier; la baisse est due aux motifs économiques (-11,5%) et familiaux (-6,4%).
"Il y a l'impact de la circulaire Retailleau qui visait à rappeler le caractère exceptionnel" de ces régularisations et à en "durcir les conditions", a expliqué M. Mordant.
La durée recommandée pour délivrer une carte de séjour à un travailleur sans-papiers a ainsi été allongée à sept ans de présence en France contre cinq auparavant, voire parfois trois ans.
Interrogé sur des chiffres précédemment publiés par le ministère de l'Intérieur, qui faisaient état d'une baisse de 42% des régularisations sur la période janvier-septembre, M. Mordant a expliqué qu'il y avait "peut-être eu une évolution de la dynamique en cours d'année" et que les chiffres de la DGEF comprenaient aussi "les régularisations de plein droit".
Ces chiffres sont publiés alors que le gouvernement espagnol de gauche s'apprête à adopter un plan de régularisation de sans-papiers qui pourrait bénéficier à 500.000 personnes, afin de soutenir la croissance économique du pays.
Après la publication de la circulaire Retailleau en janvier 2025, le monde économique avait appelé à ne pas durcir outre mesure les conditions de régularisation, sous peine de voir certains secteurs péricliter.
- "Dynamique" -
Le nombre d'interpellations d'étrangers en situation irrégulière a augmenté de 30% l'an dernier, concernant notamment des Algériens (+52%), des Tunisiens (+33%) et des Marocains (+19%).
Les éloignements ont eux augmenté de 15,7% avec 24.985 étrangers renvoyés. Les seuls éloignements forcés ont eux progressé de 21% à 15.569.
Du côté de l'asile, une baisse de 3,7% a été enregistrée en 2025 avec 151.665 demandes, qui sont ainsi "orientées à la baisse pour la deuxième année consécutive", a noté M. Mordant.
Les premiers pays d'origine des demandeurs ont été l'Ukraine, la RDC et l'Afghanistan (tous trois autour de 11.500 demandes), suivis d'Haïti, du Soudan et de la Guinée.
Le taux d'accord a atteint 52% l'an dernier. "Plus d'une demande sur deux s'est vu attribuer l'asile", ce qui marque une forte hausse : "on était plutôt autour de 40% il y a cinq ou six ans", a rappelé M. Mordant.
En ce qui concerne les visas, la DGEF a fait état d'une "hausse plus atténuée" que les années précédentes, (+1,1% demandés, +3,5% délivrés). Ainsi pour les courts séjours, la croissance est portée par les visas de tourisme (+6%), "témoignant de l'attractivité de la France", tandis que les visas économiques baissent de 4,4%.
Enfin 62.235 personnes ont acquis la nationalité française (-6,8% après une année "assez élevée"): cela s'explique par une baisse de 13,5% des acquisitions par décret, dans le sillage d'une circulaire de mai durcissant les conditions d'octroi.
Six sur dix de ces nouveaux Français étaient originaires d'Afrique, notamment des trois pays du Maghreb, "mais aussi dans une moindre mesure l'Afrique subsaharienne", a expliqué le responsable des statistiques.
R.Seon--SG