Trump évoque une tutelle américaine de plusieurs années sur le Venezuela
Les Etats-Unis pourraient conserver plusieurs années le contrôle du Venezuela et de son pétrole, annonce Donald Trump dans un entretien publié jeudi par le New York Times, tandis qu'à Caracas les habitants témoignent de leur incertitude, parfois teintée d'optimisme, face à cette tutelle américaine.
Le vice-président JD Vance a confirmé la vision de Washington avec la plus grande clarté, en déclarant mercredi soir sur Fox News: "La manière dont nous contrôlons le Venezuela, c'est en contrôlant les cordons de la bourse, en contrôlant les ressources énergétiques, et nous disons au régime, vous pouvez vendre le pétrole à condition que vous serviez les intérêts de sécurité nationale américains."
"Voilà comment nous exerçons une pression incroyable sur le pays sans perdre une seule vie américaine, sans mettre en danger un seul citoyen américain", s'est-il félicité, faisant référence à l'absence de déploiement militaire des Etats-Unis dans le pays.
"Seul l'avenir nous dira" combien de temps Washington entend garder une tutelle sur Caracas, a déclaré Donald Trump à plusieurs journalistes du grand quotidien new-yorkais. Interrogé pour savoir si la situation durerait trois mois, six mois, un an ou plus, il a répondu : "Je dirais beaucoup plus longtemps".
Le président, qui recevra vendredi les dirigeants de grands groupes pétroliers américains pour leur vanter les "immenses" opportunités au Venezuela, s'est par ailleurs félicité de la "très bonne entente" avec le pouvoir intérimaire à Caracas.
Donald Trump et toute son administration répètent qu'il est, de leur point de vue, prématuré d'évoquer la tenue d'élections dans le pays.
- "Meilleures" décisions -
"J'ai l'impression que nous aurons plus d'opportunités si le pétrole est aux mains des Etats-Unis plutôt que du gouvernement", car "les décisions que prendront (les Américains) seront meilleures", confie à Caracas un Vénézuélien de 26 ans, qui n'a pas souhaité livrer son identité pour des raisons de sécurité.
Une femme de 52 ans, employée dans le secteur des services et qui a elle aussi requis l'anonymat, fait surtout part de son incertitude.
"En réalité nous ne savons pas si (cet accord sur le pétrole entre Washington et Caracas) est bon ou mauvais", déclare-t-elle. "Ce que je veux, c'est m'en sortir avec ma famille et vivre normalement, autant que possible, mais tout est très étrange."
La présidente par intérim du Venezuela, Delcy Rodriguez, a déclaré mercredi soir que l'échange commercial avec les Etats-Unis n'avait "rien d'extraordinaire ni d'irrégulier".
- 100 morts -
Elle a toutefois de nouveau regretté la capture de Nicolas Maduro, au cours d'une opération des forces spéciales américaines à Caracas qui a fait 100 morts, selon le dernier bilan livré par le ministre vénézuélien de l'Intérieur Diosdado Cabello.
Le Sénat américain, à majorité républicaine, tient d'ailleurs jeudi un vote, largement symbolique, sur une résolution visant à limiter les pouvoirs de Donald Trump en matière d'opérations militaires au Venezuela.
"Nous allons reconstruire le pays de manière très rentable", a promis Donald Trump, toujours au New York Times. "Nous allons faire baisser les prix du pétrole et donner de l'argent au Venezuela, dont il a désespérément besoin".
Il a de nouveau mis en avant la coopération des autorités vénézuéliennes actuelles: "Ils nous donnent tout ce que nous jugeons nécessaire".
Interrogé par le New York Times s'il s'était entretenu avec Mme Rodriguez, Donald Trump a seulement évoqué une "communication constante entre elle et l'administration". "Marco (Rubio) parle tout le temps avec elle", a-t-il dit en référence au chef de la diplomatie américaine.
Donald Trump avait évalué à "entre 30 et 50 millions de barils de pétrole" la quantité de brut que va livrer le Venezuela eaux Etats-Unis, et entend contrôler directement les recettes qui résulteront de la vente.
Il a affirmé mercredi que le Venezuela n'achèterait que des produits fabriqués aux Etats-Unis avec cet argent.
Caracas dispose des plus grandes réserves prouvées du monde avec plus de 303 milliards de barils, selon l'Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep). Mais sa production reste faible, de l'ordre d'un million de barils par jour, après des décennies de sous-investissement dans les infrastructures.
C.Nam--SG