Lycéens, gilets jaunes, militants du climat: vers une convergence des colères samedi dans la rue
Les lycéens, mais aussi des gilets jaunes ou des militants du climat se préparaient vendredi à faire converger leurs colères samedi dans la rue, une mobilisation nationale dont l'ampleur reste encore floue.
A l'issue d'une réunion avec les représentants des organisateurs de la mobilisation sociale de samedi (AG Interfac IDF, gilets jaunes etc.) le préfet de police de Paris, Patrice Faure, a annoncé vendredi qu'il n'y avait pas d'accord entre ses services et les organisateurs sur le parcours du cortège parisien et que ses services "travaillaient" à un accord.
Pour y répondre, le Premier ministre Sébastien Lecornu doit "d'urgence" annoncer la fin de Parcoursup et "changer en profondeur" le projet de budget "pour enfin faire le choix de l'avenir et financer notre éducation et notre enseignement supérieur", a-t-elle jugé.
Pour cette nouvelle journée de manifestations sous haute tension attendue samedi, les grenades assourdissantes, dont l'usage a été suspendu "pour le mouvement lycéen", pourront être utilisées en cas de "violences urbaines extrêmement graves", a précisé le ministre de l'Intérieur vendredi.
Laurent Nuñez a demandé au Premier ministre Sébastien Lecornu de convoquer une cellule interministérielle de crise (CIC) en vue des mobilisations attendues, a appris l'AFP auprès de l'entourage du ministre de l'Intérieur.
Selon les estimations des autorités, environ entre 70.000 et 140.000 personnes pourraient manifester samedi en France, sous des formes très différentes selon les endroits. Les gilets jaunes ont annoncé un millier d'actions pour défendre le pouvoir d'achat, espérant notamment peser en plein débat budgétaire.
- Blocages -
Depuis des semaines, des appels à ressortir le 17 octobre les gilets jaunes emblématiques des années 2018-2019 circulaient sur les réseaux sociaux mais ils ont enflé ces derniers jours, nourris par la colère des lycéens.
Après plusieurs semaines de blocages d'établissements scolaires, le mouvement semblait s'essouffler vendredi à la veille des vacances.
Vers 08H00, la préfecture du Rhône relevait neuf établissements (cinq lycées, quatre universités) concernés par des barricades ou des petits rassemblements, un début de matinée "plutôt calme".
Devant le lycée Ampère dans le centre Lyon, touché par le blocage depuis le 1er octobre, les cours sont en distanciel. Contrairement aux jours précédents, aucun lycéen n'était devant l'établissement, ni aucune barrière ou poubelle ne bloquait l'entrée.
À Paris, le calme semblait être revenu devant le lycée Hélène-Boucher, dans le 20e arrondissement.
À Saint-Denis, le lycée Paul-Éluard, l'un des établissements les plus médiatisés depuis le début du mouvement lycéen, est resté portes closes au lendemain d'une journée de mobilisation tendue, a constaté une journaliste de l'AFP. Devant le portail principal, partiellement noirci par les flammes, quelques pancartes en carton jonchaient encore le sol.
À Toulouse également, la matinée s'annonçait calme après la décision de fermer les lycées. Les grilles des établissements perturbés la veille, comme Déodat-de-Sévérac ou Joséphine-Baker, étaient closes.
- "Aboutissement" -
À Lille, comme depuis deux semaines environ, l'accès à Sciences Po était bloqué par une trentaine d'étudiants, qui avaient entassé des bacs de poubelles devant l'entrée.
"J'ai un peu l'impression que (la journée de samedi, ndlr) va être une sorte d'aboutissement", dit Marie-Lou, 18 ans. "On va être rejoint par les travailleurs, par les gilets jaunes qui vont se remobiliser aussi, on a aussi un peu l'espoir qu'il y a la convergence de toutes les luttes".
Le ministre de l'Éducation nationale Édouard Geffray a de nouveau échangé avec les organisations lycéennes jeudi soir, pour la troisième fois depuis le début du mouvement. Selon lui, des avancées ont été faites: "Une bonne partie du chemin a été fait pour entendre les revendications", a-t-il déclaré à la sortie.
Les organisations lycéennes ne se sont pas montrées convaincues. L'Union syndicale lycéenne (USL), Les Lycéens! et Renouveau lycéen ont toutes appelé à poursuivre la mobilisation et confirmer leur appel à rejoindre les manifestations du 17 octobre, estimant que les annonces ne répondaient pas aux difficultés qu'elles dénoncent, notamment l'état du bâti scolaire, Parcoursup et les emplois du temps, au coeur de leur mobilisation.
Parti d'un établissement de banlieue parisienne le 17 septembre, le mouvement s'est propagé en France, soutenu par des organisations étudiantes et syndicales.
Seule réponse concrète apportée pour le moment par le gouvernement: un plan d'urgence de remplacement de professeurs absents, qui s'est traduit par l'affectation depuis vendredi de 2.000 remplaçants, sur les 3.000 promis, selon le ministère de l'Éducation nationale.
Il a par ailleurs relevé que depuis le début de la mobilisation, 165 personnels de l'Éducation nationale ont été blessés.
Le mouvement s'est transformé en "un mouvement de violences urbaines", qui fait "injure d'ailleurs aux lycéens", a dénoncé Sébastien Lecornu.
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M.Joo--SG