Venezuela: après le pétrole, l'industrie minière s'ouvre à son tour au privé
Après avoir ouvert, sous la pression des Etats-Unis, l'immense industrie pétrolière aux investissements privés et étrangers, le Parlement du Venezuela a fait de même jeudi avec ses vastes réserves minières.
Connu pour ses plus grandes réserves pétrolières du monde, le Venezuela est aussi un pays riche en minerais tels que l'or, le diamant, la bauxite ou le coltan.
"La deuxième lecture du projet de loi organique sur les mines est déclarée approuvée à l'unanimité", a déclaré le président du Parlement, Jorge Rodriguez.
Cette adoption était attendue notamment après la visite à la mi-mars au Venezuela du ministre américain de l'Intérieur, Doug Burgum, connu pour sa proximité avec l'industrie pétrolière et minière.
Egalement président du Conseil national pour la domination énergétique des Etats-Unis, M. Burgum avait déclaré depuis Caracas que les compagnies minières américaines étaient "impatientes" de se mettre au travail au Venezuela.
La présidente par intérim, Delcy Rodriguez, avait déjà promu, quelques semaines après le renversement de Nicolas Maduro capturé en janvier par l'armée américaine, une réforme de la loi sur les hydrocarbures qui offre des garanties à l'investissement privé et modifie le modèle étatiste conçu sous le président socialiste défunt Hugo Chavez (1999-2013).
- Gangs, groupes armés -
L'activité minière au Venezuela est surtout concentrée sur un territoire de 112.000 km2 baptisé Arc minier.
Gangs, groupes armés, et dans certaines zones les guérillas colombiennes de l'ELN ou des dissidences des ex-Farc contrôlent des pans entiers des zones minières, avec l'accord des forces de sécurité, selon de nombreux experts et témoins.
Il y a un "contrôle" des "bandes armées organisées, qui se font appeler syndicats, mais plus récemment +le système+ parce qu'elles sont tellement implantées", explique à l'AFP Lisseth Boon, auteur du livre-enquête "Oro malandro" (Or bandit).
La suspension de toutes les concessions minières par feu le président Chavez en 2011 a crée "comme un vide dans le contrôle" et "c'est à ce moment-là que les +syndicats+ ont commencé à prendre le contrôle des mines (...) à se les répartir", voire à se battre pour elles, explique Mme Boon.
"Une gouvernance criminelle s'est instaurée. Ou appelons la une cogouvernance" entre les +syndicats+ et l'Etat ou les forces de sécurité avec "des accords tacites", dit-elle.
"C'est ce qui explique que dans une zone totalement militarisée, où il y a prétendument une présence de l'Etat, ce soient ces groupes criminels qui contrôlent les mines", souligne-t-elle.
Elle explique que les groupes prennent une commission sur toutes les extractions mais aussi des "vaccins" (impôts ou taxes) sur "tous les commerces et même les travailleuses du sexe".
- "Système sous emprise" -
Insight Crime a fait les mêmes constations, estimant qu'au "fil de nombreuses années, les +syndicats+ qui se consacrent à la régulation de l'extraction d'or ont évidemment développé un contrôle assez profond de ces territoires", a confié la cheffe enquêtrice à l'AFP.
Ce contrôle va par exemple jusqu'aux élections où "des habitants ont été contraints de voter pour des candidats du Parti socialiste uni du Venezuela (PSUV), au pouvoir", lors de la présidentielle de 2024, selon un rapport d'Insight Crime à Las Claritas, dans l'Etat de Bolivar.
"La question est de savoir si cette loi sera en mesure de réguler" l'activité et "garantir que cet or ne soit pas entaché par ces groupes criminels et par cette influence criminelle. Savoir si elle y parviendra est la grande question", précise la cheffe enquêtrice.
"Un secteur minier criminalisé ne peut pas être +rouvert+ sans changement structurel. Le secteur minier vénézuélien n'est pas une industrie extractive normale en attente d'investissements. Il s'agit d'un système sous emprise et criminalisé dans lequel des entités de l'Etat (...) opèrent depuis longtemps aux côtés d'acteurs armés non étatiques, de groupes armés irréguliers, et dans de nombreux cas en coordination avec eux", souligne quant à lui dans un communiqué un groupement d'ONG.
Ces ONG dénoncent "un réseau contrôlé par l'Etat qui a historiquement facilité des flux d'or opaques, la destruction environnementale systémique (...) et des violations des droits humains".
J.Lim--SG