Prison requise contre le commandant d'un pétrolier de la flotte fantôme russe
Un an de prison et 150.000 euros d'amende: le parquet de Brest a requis lundi la peine maximale contre le commandant du Boracay, pétrolier de la flotte fantôme russe arraisonné en septembre par la marine française au large de la Bretagne.
Les militaires français "ont fait face à une particulière mauvaise volonté du capitaine", a pointé le substitut du procureur Gabriel Rollin, en réclamant un mandat d'arrêt à l'encontre du commandant chinois Chen Zhangjie, 39 ans, actuellement en mer.
Le tribunal correctionnel de Brest a mis sa décision en délibéré au 30 mars.
Il est 14H32, ce 27 septembre 2025, quand le commandant de la frégate L'Auvergne informe l'équipage du pétrolier de 244 mètres de long de son intention d'envoyer des militaires à bord pour contrôler le pavillon du navire.
Le Boracay, qui a changé de nombreuses fois de nom et de pavillon, est alors suspecté d'être impliqué dans les survols de drones qui ont perturbé le trafic aérien danois en septembre - un volet dont la justice n'est pas saisie.
Membre de la flotte fantôme russe, utilisée par Moscou pour contourner les sanctions occidentales contre ses ventes de pétrole, il navigue alors au large de l'île d'Ouessant (Finistère), avec une cargaison de pétrolier russe à destination de l'Inde et sans pavillon visible.
- "Pas de pavillon quand il pleut"-
"Il pleuvait et on ne met pas de pavillon quand il pleut", expliquera M. Chen, lors de sa garde à vue.
À 15H32, l'équipage finit par hisser le drapeau du Bénin. Mais les autorités de Cotonou ont déjà confirmé à la France qu'aucun pétrolier n'est immatriculé dans leur pays.
Contacté à de nombreuses reprises par la marine française, le commandant du Boracay affirme attendre l'autorisation de son armateur pour les laisser monter à bord. Finalement, à 16H00, les commandos marine arraisonnent le navire, sans rencontrer d'opposition de l'équipage.
Le commandant "a palabré pendant une heure (...) il a joué la montre en se réfugiant derrière la responsabilité de son armateur", a critiqué le représentant du parquet à l'audience, en soulignant que "monter à bord d'un navire comme le Boracay n'est pas si facile".
"C'est une manœuvre dangereuse, de nature à engendrer un accident. Cela a fait courir un risque aux militaires", a-t-il ajouté, en décrivant le Boracay comme un "mastodonte des mers de 330.000 tonnes", chargé d'une "cargaison de 100 millions de dollars".
- Agents de sécurité russes -
À son bord, 26 personnes, dont deux agents de sécurité russes. "Je ne sais pas ce qu'ils font sur le bateau", affirme le commandant en garde à vue.
Chargés de surveiller l'équipage et de collecter du renseignement, ces deux hommes, dont un ancien policier passé par la sulfureuse société Wagner, étaient employés par le groupe de sécurité privée russe Moran Security Group, a appris lundi l'AFP de deux sources françaises ayant connaissance du dossier.
Tous deux devaient débarquer à Suez, selon Me Henri de Richemont, l'avocat du prévenu, qui a réclamé "une relaxe pure et simple" de son client.
"Dans les eaux internationales, c'est le droit international qui s'applique", à savoir la Convention des Nations Unies sur le droit de la mer, dite de "Montego Bay", a-t-il plaidé.
Si refus d'obtempérer il y avait, M. Chen devrait être jugé par un tribunal chinois et non français au regard de cette convention, a soutenu l'avocat.
En outre, "à aucun moment, il n'y a eu refus d'obtempérer car on ne lui a pas demandé de s'arrêter", a ajouté Me de Richemont, qui a fait valoir que son client était "contraint de demander l'autorisation de son armateur" avant de laisser la marine française monter à bord, sous peine de perdre son emploi.
"Il est dans les eaux internationales. Qui est l'autorité légitime si ce n'est son armateur?", s'est interrogé l'avocat.
Le Boracay, qui bat désormais pavillon russe, mouillait lundi près du port de Rizhao, dans le nord-est de la Chine, selon le site Marine Traffic.
F.Cheon--SG