Après des années d'attente, le gouvernement présente un plan contre l'infertilité
Promis par Emmanuel Macron mais longtemps resté lettre morte, un plan contre l'infertilité émerge enfin. Présenté ce jeudi par le gouvernement, il prévoit notamment de mieux sensibiliser sur ce sujet qui touche plus de trois millions de Français.
"Les enjeux de l'infertilité ont été analysés dans tous leurs aspects" pour permettre le "lancement immédiat de mesures concrètes et trop longtemps attendues", a déclaré jeudi la ministre de la Santé, Stéphanie Rist, lors de la présentation de ce plan.
Cela fait en effet déjà deux ans que le chef de l'Etat, Emmanuel Macron avait promis un tel plan, dont les racines remontent même à 2022 lorsque le gouvernement de l'époque avait commandé un rapport sur le sujet.
Depuis, quasiment rien n'était venu, alors que l'infertilité touche, selon ce rapport, 3,3 millions de Français. Seul un volet lié à la recherche s'était concrétisé avec le lancement de plusieurs programmes, par exemple pour améliorer l'efficacité des procréations médicalement assistées (PMA), malgré des financements peinant à se concrétiser.
Le sort même du plan était sujet à des doutes. A la tête du ministère de la Santé pendant l'essentiel de 2024 et 2025, Catherine Vautrin avait marqué sa préférence pour un plan plus large, autour des thématiques de vieillissement et de natalité, faisant craindre un mélange des genres chez les spécialistes.
Le recentrage sur l'infertilité est désormais assumé par sa successeure, Mme Rist. Les Français, quand ils veulent un enfant, "ne passent pas leur temps à voir des graphes sur la démographie", a pointé son cabinet lors d'échanges avec la presse.
Mesure phare du plan, un message doit, à partir de la fin de l'été, être envoyé à tous les Français lors de leur 29 ans. Mais, promet Mme Rist, sans pression aucune: "le rôle du politique n'est pas de dire s'il faut avoir des enfants ou encore à quel âge: ce qu'il faut éviter c'est continuer à entendre +Si j'avais su+".
- Pas de budget -
Cette précision s'inscrit dans un contexte où M. Macron avait été critiqué par plusieurs associations féministes pour avoir lié l'infertilité à une problématique de "réarmement démographique", une rhétorique guerrière jugée inadéquate.
Une campagne de communication sur les enjeux de reproduction doit être lancée fin 2026 et, très prochainement, un site d'information sera disponible sur le sujet.
Le plan, dont le budget total n'est pas précisé, ne se limite pas à la communication. Le ministère veut aussi augmenter les possibilités de congeler ses ovocytes, un choix permis par la loi bioéthique de 2021 mais qui se heurte dans les faits à de longs délais d'attente.
D'ici à 2028, le ministère voudrait habiliter plusieurs dizaines de nouveaux établissements à le faire. Il envisage clairement d'ouvrir ce terrain au privé, assurant néanmoins que la procédure restera gratuite et exempte d'une "logique marchande".
Le plan promet aussi une meilleure prise en charge du syndrome des ovaires polykystiques (SOPK), un trouble qui touche de nombreuses femmes et favorise l'infertilité. C'est aussi le cas de l'endométriose mais, alors que celle-ci fait déjà l'objet d'un plan gouvernemental, le SOPK restait jusqu'alors largement absent des discours publics.
Chez les patients, l'annonce de ce plan a été saluée par le collectif BAMP, qui rassemble des personnes infertiles ou en cours de PMA.
"On passe dans une nouvelle ère, on n'a jamais été à ce niveau-là de considération des sujets de fertilité et d'infertilité", a déclaré sa présidente, Virginie Rio, à l'AFP, prévenant toutefois qu'il s'agissait là d'un point de départ et qu'il restait "beaucoup de travail".
L'organisation milite notamment pour l'autorisation en France du DPI-A, une méthode de diagnostic permettant de repérer les anomalies des embryons avant de les implanter. L'objectif est d'éviter de nombreuses PMA vouées à l'échec, mais cette technique fait l'objet de débats éthiques quant à une potentielle dérive eugéniste.
Aux côtés du plan contre l'infertilité, qui sera piloté par les auteurs du rapport de 2022 - le professeur Samir Hamamah et la patiente Salomé Berlioux - le ministère a, par ailleurs, annoncé travailler sur les enjeux de santé liés à la naissance, alors que la France présente des taux de mortalité infantile et maternelle nettement supérieurs à nombre de voisins européens.
C.Nam--SG