Syrie: Damas et les Kurdes annoncent un accord, salué par Washington et Paris
Après des mois d'impasse et de violents combats, Damas et les Kurdes ont annoncé vendredi un accord sur l'intégration progressive des forces et de l'administration de la zone autonome kurde au sein de l'Etat syrien, salué par Washington et Paris.
Cet accord "global", selon le terme utilisé par les deux camps, porte un coup aux espoirs d'autonomie des Kurdes, le nouveau pouvoir islamiste étant déterminé à imposer son autorité sur l'ensemble du territoire syrien.
Les Etats-Unis, qui soutenaient les forces kurdes dans leur lutte contre les jihadistes du groupe Etat islamique (EI) avant d'infléchir leur position avec l'arrivée fin 2024 du président Ahmad al-Chareh, ont salué une "étape historique" dans l'unification de la Syrie.
La France, par la voix du président Emmanuel Macron, a "félicité" les deux parties et affirmé qu'elle "appuierait pleinement" la mise en oeuvre de l'accord.
Il intervient après le récent revers subi par les puissantes Forces Démocratiques syriennes (FDS, dominées par les kurdes), qui ont dû céder à l'armée de larges pans de territoire.
Le texte prévoit que les forces de sécurité de Damas se déploient dans la zone autonome kurde, établie par cette minorité dans le nord et le nord-est du pays au cours de la guerre civile (2011-2024).
- "Spectre de la guerre" -
Cet accord "éloigne le spectre imminent de la guerre", se réjouit Raman Sido, un habitant de la ville à majorité kurde de Qamichli, interrogé par l'AFP.
Il offre certaines concessions aux Kurdes comparé à un précédent texte annoncé le 18 janvier par Damas et rejeté par cette minorité.
Ainsi, les FDS resteront regroupées au sein d'une division de l'armée syrienne, constituée de trois brigades.
"Les trois brigades seront établies dans notre région (..) et les commandants seront des Kurdes", a expliqué lors d'une conférence de presse une haute responsable de l'administration kurde, Elham Ahmed.
En outre, les forces kurdes de la poche de Kobané, plus à l'ouest, formeront une brigade au sein de l'armée.
Kobané, séparée territorialement de la zone autonome et ville symbole de la victoire des combattants kurdes contre l'EI, est actuellement cernée par l'armée.
Les "administrations de la zone autonome seront intégrées au sein des institutions de l'Etat syrien, et les employés civils seront maintenus" dans leurs fonctions, ajoute également le texte.
Lars Hauch, expert du cabinet de conseil Conflict Mediation Solutions, pointe que le texte "reste flou sur les questions cruciales" de la décentralisation administrative et sécuritaire.
Selon une source gouvernementale citée par la télévision officielle, "l'Etat va prendre le contrôle de toutes les institutions civiles et gouvernementales, ainsi que les postes-frontières" avec la Turquie et l'Irak.
Elham Ahmed a affirmé que l'accord établissait "un cessez-le-feu permanent".
La trêve avait été prolongée le 24 janvier pour 15 jours, notamment pour permettre l'évacuation par les Etats-Unis vers l'Irak de milliers de jihadistes, auparavant détenus par les forces kurdes.
- Ne pas "lâcher" les Kurdes -
La responsable kurde a indiqué que "les Etats-Unis et la France étaient les garants" de l'accord et "avaient promis de surveiller le processus".
A Paris, une source à l'Elysée a souligné que la France, qui a assuré ne pas vouloir "lâcher" les Kurdes, avait déployé "beaucoup d'efforts diplomatiques".
Damas et les Kurdes avaient signé en mars 2024 un accord pour l'intégration des institutions de la zone autonome au sein de l'Etat, mais les négociations n'avaient jamais abouti.
Le pouvoir syrien a lancé début janvier une offensive qui lui a permis de déloger les combattants kurdes de deux quartiers qu'ils tenaient dans la ville d'Alep (nord), avant de les pousser à se retirer des provinces de Raqa et Deir Ezzor.
Ce retrait a été accéléré par la défection massive des combattants arabes au sein des FDS, qui se sont ralliés au pouvoir syrien.
Dans le même temps, le président Chareh avait publié un décret accordant des droits nationaux à la minorité kurde, dont la langue sera désormais officielle au côté de l'arabe.
"Nous n'avons pas confiance en ce gouvernement. Regardez ce qu'ils ont fait à Damas, à Soueïda et sur la côte", s'inquiète toutefois Abou Ali, un boutiquier de 40 ans à Qamichli, en référence aux massacres d'alaouites et de druzes après la prise du pouvoir par les islamistes.
I.Do--SG