Les écouteurs, nouvelle frontière de l'IA intégrée, ces start-up y croient
De jeunes entreprises veulent utiliser l'intelligence artificielle (IA) générative pour transformer nos écouteurs du quotidien en instruments IA à tout faire, du contrôle à distance à la lecture des pensées.
Il y a près de dix ans déjà, les PME tech Waverly Labs ou Mymanu ajoutaient la traduction en temps réel aux deux fonctionnalités de base qu'étaient, depuis des décennies, écouter de la musique et passer un appel téléphonique.
Google leur a rapidement emboîté le pas, y ajoutant, dès 2020, un assistant IA activé par la voix. A la faveur de la déferlante IA, les autres référents du secteur Samsung et Apple ont suivi ces dernières années. L'intelligence artificielle traditionnelle a aussi fait faire un pas de géant à la réduction de bruit (ANC), qui étouffe les sons extérieurs.
Des start-up, dont beaucoup sont présentes cette semaine au grand salon de l'informatique grand public CES, essayent maintenant de raffiner cette technologie et de l'appliquer à des utilisations précises.
C'est le cas d'OSO, qui veut pousser plus loin la notion d'assistant professionnel, en intégrant l'enregistrement de réunions, la production automatique de synthèses, mais aussi la possibilité d'aller chercher des éléments de conversation sur simple demande en langage courant.
Le concurrent Viaim, qui propose des services similaires à l'exception du chatbot intégré, bientôt disponible, entend lui jouer sur l'interopérabilité dans un monde contrôlé par les grands fabricants de smartphones.
"Si vous utilisez une marque différente" de smartphone que Samsung pour le synchroniser avec les Galaxy Buds, les écouteurs de la marque sud-coréenne, "vous n'accédez à aucune des fonctionnalités IA. C'est là qu'est notre ouverture", détaille Shawn Ma, patron de Viaim dont les appareils sont compatibles avec toutes les marques, y compris les iPhone en Chine.
Timekettle, lui, connaît le succès dans un tout autre contexte et réalise "90% de ses ventes avec les académies scolaires", selon Brian Shircliffe, responsable des ventes aux Etats-Unis pour la société chinoise.
De nombreuses écoles équipent ainsi leurs étudiants non anglophones, qui peuvent suivre en classe sans la présence d'un traducteur.
"Les plus jeunes ne maîtrisent pas encore à fond leur langue maternelle", à l'écrit notamment, "donc ils ont besoin d'entendre" la traduction, fait valoir le commercial.
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Quant à savoir si les oreillettes peuvent supplanter les lunettes intelligentes, l'enceinte connectée, voire le smartphone, comme l'extension physique dominante de l'IA générative, le relais entre toutes les applications de l'intelligence artificielle, le défi est de taille.
"Aucun de ces écouteurs ne peut marcher sans smartphone", rappelle Ben Wood, analyste en chef du cabinet CCS Insight. "Donc les fonctionnalités IA dépendent du téléphone auquel ils sont connectés."
"Les écouteurs sont un point d'entrée plus accessible dans l'IA que les lunettes connectées", reconnaît Avi Greengart, président du cabinet Techsponential. "C'est un produit bien moins cher, que la plupart des utilisateurs de smartphones achetaient déjà avant et ils n'ont pas besoin d'ordonnance."
Pour autant, "les gens ne les portent pas en permanence", à la différence des lunettes, "et ils ne fonctionnent qu'avec la voix, donc il faut être dans un environnement où on peut parler", tempère l'analyste, ajoutant que l'absence de caméra limite le potentiel de l'instrument.
Certains n'entendent pas se laisser enfermer par cette dernière lacune, notamment Naqi Logix, dont les Neural Earbuds sont équipés de capteurs ultra-sensibles détectant des micro-inflexions. Un utilisateur quadriplégique peut contrôler, grâce à eux, son fauteuil roulant ou surfer sur internet en regardant simplement l'écran de son ordinateur.
Le responsable opérationnel Sandeep Arya voit dans ces innovations un potentiel grand public, "car les humains aimeraient bien pouvoir interagir avec leur environnement d'une façon plus discrète, plus subtile", sans avoir à appeler à haute voix le Siri du smartphone, l'Alexa de l'enceinte ou le Meta des lunettes.
Il imagine même déjà aller plus loin, grâce à des capteurs améliorés capables de décrypter les mouvements du visage, informations utilisées par un chatbot pour trouver le ton et les mots justes selon l'humeur.
Neurable, une autre jeune pousse dont le casque audio MW75 Neuro LT mesure l'activité cérébrale, imagine rendre possible, avec ses équipements, la communication par la pensée, sans geste et sans parole.
"C'est remarquable", dit de ces percées Ben Wood, "mais ça reste une niche, pour le moment". Jusqu'à nouvel ordre, "les centaines de millions d'écouteurs qui ont été vendus resteront centrés sur l'écoute".
G.Cho--SG