Blocage des lycées : 735 établissements perturbés, les syndicats veulent poursuivre le mouvement
A l'issue d'une nouvelle journée de blocage des lycées vendredi, marquée par des tensions, les organisations lycéennes ont appelé à la poursuite de la mobilisation mardi prochain, faute de "mesures concrètes" proposées par le ministre de l'Education, selon elles.
Édouard Geffray a annoncé, après les avoir rencontrées, le lancement prochain d'un "plan d'action" pour "accélérer le remplacement" des professeurs notamment dans les classes de première et terminale et prévoit, concernant les rythmes scolaires, d'engager "un travail de fond", tout en reconnaissant qu'il ne serait "pas en mesure de prendre une décision pour la rentrée 2027".
L'Union syndicale lycéenne (USL) a réagi en appelant "à continuer la mobilisation (...) et à rejoindre le mouvement de l'acte III mardi", journée de grande manifestation nationale, selon Ryad Rani, le président de ce syndicat étudiant.
Débuté le 17 septembre, le mouvement de protestation s'est enflammé jeudi dans de nombreuses villes de France et s'est poursuivi vendredi avec "735 établissements" perturbés, soit "30% de moins qu'hier", a pointé Edouard Geffray.
"Globalement, nous avons (...) eu moins de violence contre les personnels, puisqu'aujourd'hui trois personnes ont malheureusement été blessées contre 31 hier", a-t-il ajouté.
A La Ciotat (Bouches-du-Rhône) notamment, "un enseignant a été aspergé d’essence volontairement, puis agressé physiquement par deux individus" vendredi, selon les autorités.
James, élève de seconde à Lille, a déploré "la répression policière extrêmement violente qui forcément attise la colère des lycéens". "Parce que quand on voit des camarades à nous qui se font frapper, étrangler, éborgner, gazer dans tous les sens, alors qu'on essaie juste de pouvoir avoir un dialogue avec le gouvernement, forcément, ça met en colère."
- Distanciel -
Des affrontements entre jeunes et forces de l'ordre ont été constatés dans plusieurs villes, notamment à Paris ou encore Strasbourg où les forces de l'ordre sont intervenues sur un campus universitaire à la demande de la présidente de l'université.
A Belfort, un policier a été violemment frappé par des "émeutiers", selon le ministre de l'Intérieur Laurent Nuñez.
"Ce matin, notre lycée devait être ouvert mais des jeunes qui ne sont pas du lycée sont venus juste pour mettre le feu", a témoigné Eliott, 16 ans, élève de première dans un établissement de La Rochelle. "On voulait juste faire un blocus en étant pacifiques, comme hier où tout s'était très bien passé. Mais ce matin, ça a dégénéré", déplore-t-il.
"Le but, c'est de faire des mouvements pacifiques pour se faire entendre et ces casseurs nous desservent complètement en brûlant nos lycées", regrette elle aussi Maëlle, élève du lycée bordelais François-Mauriac, endommagé par un incendie jeudi.
Près de 400 lycées (sur les 3.700 dans le pays) sont restés fermés vendredi. Le lycée Mandela de Nantes, dont le hall d'entrée a été détruit la veille par un incendie, gardera portes closes jusqu'aux vacances de la Toussaint.
De nombreux établissements ont tenté d'assurer les cours à distance.
Au lycée privé Don Bosco de Nice, la mise en place des cours en distanciel a été assez chaotique, selon un parent d'élève parlant sous couvert d'anonymat: "Certains professeurs ont renoncé parce que leur cours prévu en présentiel était difficilement adaptable à la dernière minute".
- "En danger" -
Jeudi, "1.027 établissements", sur environ 3.700 lycées en France, avaient "été concernés par le mouvement", selon le ministère de l'Intérieur qui a comptabilisé près de 2.000 interpellations.
Sur BFMTV, Edouard Geffray avait demandé l'aide des parents : "Dans la rue, les enfants sont en danger".
De premières gardes à vue ont abouti, dans les tribunaux, à de premières condamnations à des travaux d'intérêt général. Plus de 300 policiers et gendarmes ont été blessés, a détaillé M. Nuñez.
Il faut garantir "une réponse rapide" tout en préservant la "personnalisation de la sanction et des poursuites": pour les jeunes gardés à vue "très majoritairement" mineurs, "la voie éducative doit être toujours priorisée", a souligné pour sa part auprès de l'AFP Yves Badorc, procureur de la République de Nanterre.
Le garde des Sceaux Gérald Darmanin a par ailleurs demandé aux procureurs d'engager la responsabilité civile des parents en cas de dégâts provoqués par leurs enfants afin de leur faire "payer les réparations".
Les dégradations dans les lycées vont coûter plusieurs millions d'euros, selon des estimations des régions Ile-de-France, Grand Est, Hauts-de-France et Auvergne-Rhône-Alpes.
A sept mois de la présidentielle, dans un climat social et politique électrique, cette mobilisation est plus que sensible.
Selon les services du Premier ministre, le mouvement serait une "manœuvre organisée par LFI et ses proxys de l'ultra-gauche". Le coordinateur de LFI Manuel Bompard a reproché à Matignon de "sombrer dans le complotisme".
Parmi les étudiants entrés eux aussi dans la mobilisation cette semaine, Kyziah Maurin-Sene, 18 ans, en première année d’histoire de l’art à Strasbourg. Pour elle, "ce mouvement de colère est politique mais c’est la jeunesse qui est politique en elle-même". "C’est pas la gauche qui nous a dit +allez manifester+".
D.Gu--SG