A Lourdes, une foule de fidèles pour Léon XIV, attendu sur les violences sexuelles
Après deux jours à Paris où il a attiré plus d'un million de personnes, Léon XIV poursuit dimanche à Lourdes sa visite en France, avec une nouvelle messe pour laquelle la foule se presse depuis l'aube et un rendez-vous très attendu avec des victimes de violences sexuelles dans l'Église.
Le jour n'était pas encore levé que les pèlerins affluaient déjà dans les rues de la ville basse pour rejoindre le sanctuaire. Familles, groupes, religieux et religieuses marchaient d'un pas soutenu, souvent équipés de chaises pliantes pour assister à la messe de 11H00. Aux portiques de sécurité, des cantiques sont diffusés par des haut-parleurs.
Lycéen de Bordeaux, Xavier, 16 ans, s'est réveillé à 5H15. "Quand on voit l'engouement énorme, on se dit que la foi catholique n’est pas perdue en France", se réjouit-il, soulignant le "besoin aujourd'hui des valeurs que porte l’Église: le partage, la paix, la solidarité et la fraternité".
La ville pyrénéenne d'environ 13.600 habitants s'est parée de blanc et de jaune, les couleurs du Vatican, commerces et restaurants affichant le portrait du souverain pontife. Les pèlerins devraient être au nombre de 200.000 ce week-end, selon la préfecture, pour prolonger l'enthousiasme perçu dans la capitale.
Léon XIV rencontre depuis 09H00 les évêques français, avant un bain de foule en papamobile (10H15) sur la prairie du sanctuaire marial, qui accueille trois millions de visiteurs par an.
Devant les 150.000 personnes attendues, il y célébrera ensuite une nouvelle messe en plein air, comme avant lui Benoît XVI en 2008 et Jean-Paul II, en 1983 et 2004.
Un pape à Lourdes, "c'est le Graal, c'est comme Dieu qui arrive", a affirmé samedi à l'AFP Anne-Marie Mazars, 56 ans, venue de Rodez (Aveyron) avec une amie dans une ville où l'ensemble des hôtels affichent complet.
- "Mascarade" -
La journée de Robert Prevost se poursuivra par une rencontre avec des fidèles malades ou en situation de handicap, une entrevue avec des religieuses et, avant une procession aux flambeaux à 21H00, une étape très scrutée: une rencontre à huis clos avec sept victimes de violences sexuelles dans l'Église en France.
Léon XIV est très attendu sur ce sujet, d'autant qu'il n'en a encore rien dit depuis son arrivée vendredi, malgré de nombreuses interventions.
Le dossier reste brûlant pour l'Église de France, cinq ans après le rapport choc qui avait estimé à 330.000 le nombre de victimes mineures en son sein depuis 1950.
Parmi les victimes rencontrées figure un ancien de l'institution Notre-Dame de Bétharram, mais aucun représentant de collectif - un choix très critiqué par ces derniers, qui déplorent "une mascarade" sans concertation.
Interrogé sur ces critiques, l'archevêque de Paris Laurent Ulrich a souligné dimanche sur franceinfo que le pape allait manifester "une considération pour les personnes, (...) l'attention d'un pasteur pour des personnes et pas simplement pour un problème".
"Est-ce que c'est un bon signal de rencontrer sept personnes quand il y a eu 330.000 victimes de pédocriminalité dans l’Église?", s'est interrogé sur RMC le président de l'association engagée pour le droit des enfants Mouv'Enfants Arnaud Gallais, souhaitant la reconnaissance d'un "crime contre l'humanité".
En Espagne où il avait rencontré six victimes en juin, Léon XIV avait dénoncé un "fléau" et demandé "vérité, justice et réparation".
Pour la venue du souverain pontife, la basilique du célèbre sanctuaire aura totalement recouvert les mosaïques de sa façade, car elles ont été réalisées par Marko Rupnik, un prêtre slovène accusé d'agressions sexuelles.
- "Sacrifice de soi" -
Le pape américain a lancé un message subtilement politique lors d'une prière très recueillie à la grotte de Massabielle. "Obtiens pour la France des gouvernants sages et généreux, prêts au sacrifice de soi, capables de relever les défis et désireux de servir le bien commun", a-t-il déclaré, à sept mois de la présidentielle.
Léon XIV s'envolera lundi matin pour Metz pour la dernière étape de sa visite, où l'attendra une séquence plus européenne et interreligieuse.
Du Stade de France à la cathédrale Notre-Dame de Paris, en passant par la place de la Concorde où il a célébré samedi une messe géante devant 800.000 personnes, le pape américain a drainé des foules considérables.
Cette visite suscite également une couverture médiatique inédite et enjouée en France, avec des heures de direct sur plusieurs chaînes de télévision. "Heureux comme un pape en France", clame en une la Tribune dimanche.
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P.Yeo--SG