Le procès des meurtriers présumés de l'ex-rugbyman argentin Aramburu s'ouvre à Paris
Deux sympathisants de l'ultradroite, dont un ancien militaire, comparaissent à partir de lundi devant les assises de Paris, plus de quatre ans après la mort de l'ex-rugbyman argentin Federico Martin Aramburu, tué par balles après une dispute basculant dans une violence inouïe.
Respectivement accusés d'assassinat et de tentative d'assassinat, Loïk Le Priol, 32 ans, et Romain Bouvier, 35 ans, ont nié toute intention homicide contre l'ancien trois-quarts des Pumas argentins, mort à 42 ans. Mais en ouvrant le feu à l'aube du 19 mars 2022, ils ont écrit l'épilogue sanglant d'une querelle née moins d'une demi-heure plus tôt sur la terrasse d'une brasserie du Quartier latin.
Les deux amis partageaient une inclination pour la violence, l'idéologie d'extrême droite radicale, l'alcool et les armes. Mais ce matin-là, ont-ils argumenté, s'ils ont tiré sur un homme désarmé, c'était parce qu'ils auraient paniqué face à la puissance physique d'Aramburu et de son ami Shaun Hegarty, autre ancien rugbyman.
Le Priol, contraint de quitter l'armée en 2015, et Bouvier, un ancien étudiant de l'université d'Assas qui se destinait à devenir avocat avant d'interrompre ses études et de s'imaginer romancier, encourent la perpétuité.
Agée de 29 ans, l'ancienne compagne de Le Priol, qui comparaît libre, est accusée de complicité de tentative d'assassinat. Un proche de la mouvance traditionaliste, 37 ans, encourt une peine inférieure pour avoir aidé Bouvier dans sa courte cavale.
Ancien joueur de clubs français (Biarritz, Dax, Perpignan), installé avec sa famille au Pays basque, Aramburu était venu assister au match du tournoi des Six nations France-Angleterre, en compagnie d'Hegarty, devenu son associé dans une société de tourisme.
Au terme d'une nuit de virée parisienne, quand les deux hommes s'attablent vers 05H20 pour manger un morceau, Bouvier, le Priol et sa compagne sont installés. L'atmosphère se tend quand Hegarty fait une remarque sur la manière dont Le Priol rabroue un client, puis s'envenime quand l'ancien militaire va tapoter, provocateur, la tête de l'ex-rugbyman.
- "Je vais le tuer" -
En quittant les lieux à 06H00, Aramburu agrippe la capuche de Le Priol, assis, et le projette au sol. La bagarre qui s'ensuit laisse Le Priol avec des dents cassés et hors de lui. "Je vais le tuer", "On va les trouver", aurait-il alors lancé, selon des témoins.
Avant de s'éloigner à pied dans la direction prise par Aramburu et Hegarty, il intime à sa compagne d'aller chercher sa Jeep. La conscience que la jeune femme avait ou non de la volonté de Le Priol et Bouvier de retrouver les rugbymen pour en découdre encore, ou sa connaissance du fait qu'ils étaient armés, seront des enjeux cruciaux pour elle.
Quelques minutes plus tard, la jeep arrive à hauteur d'Aramburu et d'Hegarty, boulevard Saint-Germain, quand Bouvier fait feu quatre fois avec une arme de collection avant de fuir en courant.
Aramburu est touché mais reste debout quand Le Priol accourt. Celui-ci tire six fois avec son revolver de la fin du XIXe siècle, qu'il a expliqué avoir acheté quelques mois plus tôt "pour se défendre". Notamment touché dans le dos, Aramburu s'effondre, lâche "Je vais mourir" et expire. Le Priol, qui a aussi fui à pied, sera arrêté quelques jours plus tard à la frontière entre la Hongrie et l'Ukraine.
Il n'aurait théoriquement pas dû être en compagnie de Bouvier ce matin-là. Ils avaient interdiction d'entrer en contact dans le cadre d'une enquête sur l'agression en octobre 2015 d'un ancien responsable de l'organisation étudiante d'extrême droite radicale GUD (Groupe union défense): roué de coups de pied et de poing chez lui, menacé d'un couteau, il avait été contraint de se déshabiller et de danser dans une scène filmée par Le Priol pour l'humilier.
Cet épisode a valu une peine de prison ferme à Bouvier et Le Priol. Le tribunal avait toutefois retenu une altération de la responsabilité du second, en raison d'un trouble de stress post-traumatique (TSPT), héritage de ses années militaires. La réalité de ce TSPT, qui divise les experts, sera un autre enjeu avant le verdict attendu le 25 septembre.
B.Lee--SG