Aux Pays-Bas, la coupe du monde de soupe aux pois réchauffe les coeurs
Un sourire espiègle collé au visage, Henk de Haan, 63 ans, jette des oignons et des carottes dans une marmite : les ingrédients essentiels du snert, une soupe épaisse à base de légumes d'hiver et de porc.
Avec une vingtaine d'autres cuisiniers, M. De Haan participe au championnat du monde de snert et de stamppot (épaisse purée de légumes) qui se déroule chaque année dans la ville de Groningue, aux Pays-Bas.
Si M. De Haan a passé des années sans jamais avoir remporté le moindre prix, cette fois-ci, il dispose d'une "arme secrète" : les piments jalapeño.
"Je pense qu'ils n'oublieront jamais ma soupe", a-t-il déclaré, hilare, à l'AFP.
La soupe traditionnelle aux pois cassés et le stamppot sont des plats de base pour les Néerlandais depuis des décennies, servis sur les marchés d'hiver ou dégustés en famille.
Au cours des championnats annuels organisés, des chefs amateurs et professionnels en provenance des Pays-Bas et d'ailleurs s'affrontent pour remporter le premier prix dans les deux catégories, avec à la clé une louche en argent très convoitée.
Gina Olthoff, 49 ans, qui travaille dans le soin aux personnes handicapées, s'en tient à une recette plus traditionnelle transmise par sa mère et sa grand-mère.
"C'est une soupe classique avec beaucoup de viande et beaucoup de légumes, beaucoup de tout", a-t-elle souligné.
- Concurrence acharnée -
Pendant que les chefs s'affairent autour de leurs casseroles, cinq juges parcourent les allées, bloc-notes à la main, pour évaluer leurs recettes et leurs techniques.
Le bouillon utilisé comme base pour la soupe peut être préparé à l'avance mais le reste doit l'être sur place.
La soupe n'est considérée comme réussie que si une cuillère peut tenir complètement debout lorsqu'elle est placée dans la marmite.
"Nous examinons d'abord les ingrédients : le bouillon, les légumes", explique Flang Cupido, 63 ans, professeur de cuisine qui participe cette année pour la quatrième fois au championnat en tant que juge.
Une fois la soupe de pois servie, des notes sont attribuées pour "le goût, l'odeur et la texture", explique-t-il.
"Nous recherchons vraiment une soupe spéciale, avec un bon goût. Et originale, avec peut-être des ingrédients supplémentaires," ajoute-t-il.
Un autre juge, John Spruit, 58 ans, travaillait auparavant dans un restaurant gastronomique dans la ville de Zwolle.
Ayant lui-même remporté la louche d'argent en 2018, M. Spruit sait ce qu'il faut pour préparer un snert exceptionnel.
"La cuisine néerlandaise n'est pas une cuisine haut de gamme mais c'est une bonne cuisine. Elle se compose toujours de pommes de terre, de légumes et de viande", raconte-t-il.
Fondé en 1995 sous la forme d'un concours local, le championnat du monde de snert s'est depuis développé pour s'installer dans les cuisines professionnelles de l'Alfa-college, un centre d'éducation professionnelle à Groningue.
- Ingrédient secret -
Le concours, désormais organisé par la fondation Oud Hollandse Gerechten (Vieux plats néerlandais), attire un large éventail de participants, des cuisiniers amateurs âgés d'à peine 11 ans aux chefs professionnels.
En 2001, le concours s'est élargi pour inclure le stamppot.
Ce championnat est considéré comme un véritable événement culturel aux Pays-Bas, à tel point que des timbres spéciaux arborant le logo d'une louche et d'un presse-purée ont été émis.
Robin van Laan, 26 ans, a remporté le premier prix pour le stamppot l'année dernière et espère réitérer sa performance cette année grâce à son ingrédient secret : les oignons marinés.
"Je présente les plats de manière très soignée, vraiment magnifique. On dirait presque un plat étoilé au guide Michelin. Mais ce n'est que du stamppot", dit-il.
Lorsque tous les chefs ont terminé de cuisiner, casseroles et assiettes sont alignées à l'extérieur de la cuisine afin que les juges puissent en déguster le contenu avant de prendre leur décision finale.
Le prix le plus convoité, celui du snert, revient cette année à Arthur Vos, 61 ans, propriétaire d'un restaurant dans le village de Garderen.
Après avoir terminé second l'année dernière, M. Vos s'est dit "très, très fier" de remporter cette fois-ci la cuillère d'argent.
"Je me suis entraîné sans relâche et maintenant, je suis premier. C'est génial", s'est-il exclamé.
Y.Ko--SG